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S’écouter pour mieux accompagner

Il y a des jours où tout est fluide. L’énergie est là, l’esprit est clair, la présence est naturelle. Et puis il y a d’autres jours. Ceux où une migraine s’installe, où le corps ralentit, où la fatigue se fait sentir plus fortement. Rien d’exceptionnel, simplement la réalité d’un corps qui parle et qu’il est important d’écouter.

Dans ces moments-là, une question essentielle se pose : est-il plus juste de continuer coûte que coûte, ou de s’écouter vraiment ?

Pendant longtemps, comme beaucoup de professionnels de l’accompagnement, j’ai pensé qu’il fallait toujours tenir. Être présente, quoi qu’il arrive. Parce que les personnes comptent sur nous. Parce qu’on ne veut pas décevoir. Parce que l’engagement envers l’autre est réel et sincère.

Avec l’expérience, une compréhension plus profonde s’est installée.

Dans un accompagnement thérapeutique, la présence ne se résume pas à être là physiquement. Ce qui soutient véritablement la personne, c’est la qualité de présence intérieure : une écoute disponible, un esprit calme, une attention sincère et stable, un espace sécurisant où l’autre peut se déposer.

Lorsque la fatigue, la douleur ou une baisse d’énergie apparaissent, cette qualité de présence peut s’altérer. L’écoute devient moins fine, la disponibilité plus fragile, l’attention moins ancrée. Le corps est présent, mais la pleine présence intérieure n’est plus totalement là.

C’est dans ces moments que prendre soin de soi devient essentiel.

Dans mes accompagnements, j’invite chacun — enfants, adolescents, adultes — à écouter ses besoins, respecter ses limites, reconnaître ses émotions et prendre soin de soi. À comprendre que ralentir n’est pas échouer, que s’écouter n’est pas abandonner, que poser une limite est un acte d’équilibre.

Il est donc fondamental, en tant que thérapeute, d’incarner ces mêmes valeurs.

Prendre soin de soi ne signifie pas se désengager. Cela signifie préserver la qualité de l’accompagnement, maintenir un cadre juste et rester pleinement disponible lorsque l’on est présent. C’est un positionnement responsable, respectueux de soi et de la relation thérapeutique.

La culpabilité peut parfois apparaître. Elle est fréquente dans les métiers d’accompagnement. Elle naît du sens des responsabilités, de l’engagement envers l’autre, de la volonté de bien faire. Mais il est important de se rappeler une réalité simple : l’outil principal du thérapeute, c’est lui-même. Lorsque cet outil est épuisé, la qualité de l’accompagnement s’en ressent.

Être thérapeute, c’est accompagner l’humain. Mais c’est aussi être humain. Avec son énergie, ses limites, ses moments de fatigue et ses moments de clarté. Cette humanité n’est pas une faiblesse ; elle permet au contraire une présence authentique, sincère et ajustée.

S’autoriser à ralentir, à se reposer, à s’écouter lorsque c’est nécessaire, c’est préserver l’essentiel : la qualité de présence, la justesse de l’accompagnement et la solidité du lien.

Prendre soin de soi n’est pas un luxe. C’est une responsabilité professionnelle, humaine et éthique.

Et parfois, simplement s’écouter, c’est déjà prendre soin de l’essentiel.

 
 
 

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